Les Chroniques du Chevalier - Novembre 2009

Ce nouvel e-mail mensuel "Les Chroniques du Chevalier", est une publication différente et complémentaire du "Journal du Chevalier", trimestriel que vous pouvez retrouver sur le site de l'association Le Chevalier de La Barre www.laicite1905.com

1er novembre. On apprend le matin que Jean-Claude Lévy-Strauss, anthropologue, est mort dans la nuit. Il venait d’avoir cent ans. Un hommage lui sera universellement rendu. Il a ouvert notre regard sur les autres peuples, dits « sauvages ».
« Le Journal du Chevalier », dans son premier numéro, avait consacré un article à ce grand scientifique et salué le caractère laïque de sa pensée (voir sur notre site).

2 novembre. Lancement par l’Université Dauphine (Paris-IX) d’un master d’économie « charia-compatible », diplôme qui s’appuie sur les principes et pratiques de la finance islamique.Un tel diplôme est déjà délivré par l’école de management de Strasbourg.
Les instruments financiers islamiques permettent d’éviter le prêt à intérêt proscrit par la charia. Ses promoteurs affirment que cette finance est sans rapport avec l’intégrisme.
Une demande existe : au départ celle de sociétés koweitiennes souhaitant investir dans l’immobilier, puis celle d’une bourgeoisie française musulmane naissante, et enfin celle d’investisseurs non musulmans pouvant être attirés par un « capital investissement éthique ».

Le ministre français de l’immigration et de l’identité nationale, Eric Besson, lance un débat sur l’« identité française ». Le sentiment général est qu’il vient d’ouvrir là une boîte de Pandore.
Certains s’interrogent : la Présidence et son gouvernement ont à plusieurs reprises méprisé ou ignoré les valeurs de la République, et notamment la laïcité. Ce débat a-t-il pour objet de les remettre à l’honneur ?

3 novembre. La Cour Européenne des Droits de l’Homme condamne l’Italie à verser au titre de « préjudice moral »5000 € à une mère qui, souhaitant éduquer ses enfants de 11 et 13 ans dans la laïcité, demandait le retrait des crucifix des salles de classe.
La jurisprudence de la CEDH place désormais la liberté de conscience au-dessus de toutes libertés religieuses.Depuis, le débat fait rage en Italie sur la défense des valeurs chrétiennes.

4 novembre. L’affaire fait grand bruit dans la presse espagnole. Au prétexte qu’elle portait un foulard islamique, une avocate d’origine marocaine s’était vue priée par le juge, le 29 octobre dernier, de quitter la salle d’audience ; elle assistait un confrère dans un procès lié au terrorisme.

Cette avocate avait pourtant déjà participé dans cette tenue à une dizaine de procès sans qu’on y trouve à redire. Le gouvernement de Mr. Zapatero s’est toujours refusé à réglementer le port du voile, encore moins au tribunal qu’à l’école.

5 novembre. Dans une interview, l’écrivain Marie Ndiaye, lauréate du prix Goncourt 2009, avait manifesté sa liberté d’expression jugeant « monstrueux » l’actuel régime présidentiel français.
Le député de la majorité Eric Raoult en fournit aujourd’hui une très belle confirmation : « Nous lui avons accordé le prix Goncourt parce qu’elle a du talent. Maintenant, il faut qu’elle soit un peu l’ambassadrice de notre culture. »

6 novembre. Ce jour est un anniversaire (un de plus) : le 6 novembre 2008, un professeur des écoles envoie à son inspecteur d’Académie une lettre où il dit : « Je refuse d’obéir ».
Ils sont maintenant près de 3000 « insoumis » à avoir imité leur collègue. Ils se réclament tous de l’école laïque de Jules Ferry.
A l’origine et au cœur de cette désobéissance citoyenne, l’aide personnalisée de deux heures hebdomadaires en français et en mathématiques, imposée par le ministère, qu’ils considèrent comme pouvant dégoûter à jamais de l’école les jeunes en échec. Ils l’ont remplacée par des activités ludo-éducatives, mettant en place une alternative pédagogique dans l’intérêt, selon eux, des enfants.
Rompant avec l’usage, dans cette grande muette qu’est l’éducation nationale, ces professeurs revendiquent ainsi publiquement leurs actes.

7 novembre. Le Vatican accueille cette semaine une conférence d’experts pour étudier les probabilités d’une vie extra-terrestre et les conséquences religieuses d’une telle éventualité.
Le directeur de l’observatoire du Vatican a sur ce point rassuré les croyants : « Il n’y a pas de contradiction avec notre foi, car comment pourrait-on limiter la puissance créative de Dieu »

9 novembre. La cour de Madinat Mounawara d’Arabie Saoudite juge coupable de « sorcellerie » et de « mécréance » , d’insulte à l’islam et violation de la charia et condamne à mort Ali Hussein Sbat, Libanais, marié et père de 4 enfants.
A Beyrouth sur une chaîne de télévision câblée dont les images étaient retransmises au Liban et dans la région, il avait un temps animé une émission, recevant des appels téléphoniques de téléspectateurs à qui il prédisait l’avenir.
Au moment de son arrestation à La Mecque, il venait d’Iran, étant en pèlerinage dans les lieux saints chiites.
Ali Hussein Sbat paye-t-il le réchauffement de la guerre froide entre Iran et Arabie Saoudite, la lutte d’influence entre sunnites et chiites au moyen-orient ?

10 novembre. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, des Berlinois avaient attaqué le Mur à coups de pioche. Une semaine entière est consacrée en Allemagne à cette commémoration. Mais la fête est tempérée par le doute.
Certains commentateurs font observer que la réunification à marche forcée des deux Allemagnes a laissé de larges cicatrices.
Tout s’est passé comme si la chape ultra-libérale était tombée sur la RDA pour remplacer le Rideau de fer. Un Mur cède la place un autre Mur. La sécurité (la Stasi!) est troquée contre la liberté.
Devant faire face à la crise et au chômage, beaucoup d’Allemands de l’Est déclarent à présent qu’ils ont perdu au change. Avant la chute du Mur, rêvaient ils de capitalisme ?

11 novembre. L’Allemand qui avait poignardé une musulmane voilée dans une salle de tribunal à Dresde a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

12 novembre. Parce qu’elles portaient des soutiens-gorge, plusieurs femmes de Mogadiscio sont fouettées en public par des militants du mouvement islamique El-Chabab,.

13 novembre. Dans sa série « Les livres qui ont changé le monde », le journal « Le Monde » propose avec son édition quotidienne un extrait du « Dictionnaire philosophique » de Voltaire où celui-ci fait l’apologie de la tolérance et s’élève contre la torture. Il y relate notamment les circonstances de l’affaire Calas et son combat. Certaines pages n’ont rien perdu de leur force ni de leur pertinence.
Rappelons qu’en 1766 le corps décapité du Chevalier de La Barre fut jeté aux flammes en même temps que le Dictionnaire, livre de chevet du Chevalier.

14 novembre. Khaled Cheik Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001, et quatre autres accusés vont passer en procès devant un tribunal fédéral à New-York et non plus devant la justice militaire de Guantanamo. Les accusés vont donc avoir les mêmes garanties constitutionnelles que les Américains.
Les républicains protestent contre cette décision qui a été unanimement saluée par les défenseurs des droits de l’homme.

16 novembre. Journée internationale de la tolérance. Le peu d’écho donné à cette journée montre la difficulté à promouvoir une idée qui appelle plus à l’apaisement des esprits qu’à leur exaltation.

17 novembre. Chez Grasset paraît « La dernière utopie » de Caroline Fourest.
Celle-ci invite le lecteur à prendre conscience des « menaces sur l’universalisme ».
Celles qui pèsent sur la laïcité font notamment l’objet d’une analyse fine et documentée.

18 novembre. Organisée pour la première fois au Pakistan « une Semaine de la mode » va s’achever. Elle se déroule à l’hôtel Marriott de Karachi, celui d’Islamabad s’étant effondré dans un attentat en 2008.
La presse locale juge que le dos nu et le bout de cuisse dévoilés lors du défilé de la veille sont « une rebuffade pour les talibans ».Les organisateurs de l’événement font un commentaire différent : « Plus on créera d’emplois, moins on aura de kamikazes ».

19 novembre. La Commission consultative du secret de la défense nationale se déclare disposée à communiquer aux autorités judiciaires des documents relatifs à l’affaire Tibéhirine.
En mars 1996, sept religieux français étaient enlevés dans leur monastère près de Médéa. Deux mois plus tard le GIA (Groupe islamique armé) annonçait leur exécution.
Les notes et correspondances diplomatiques en voie de déclassification pourraient dévoiler des accointances existant à l’époque entre le pouvoir algérien et les terroristes.

A Kaboul, cérémonie d’investiture du président afghan Hamid Karzaï resté seul en lice après le désistement de son rival Abdullah Abdullah, héritier du camp du commandant Massoud. Le second tour de l’élection présidentielle n’a pas été nécessaire.
Au premier tour (20 août), les résultats de Mr. Karzaï, président sortant, le donnaient gagnant mais une commission nommée par l’ONU a depuis invalidé près de 1,3 millions de bulletins frauduleux.
Hamid Karzaï a fait un discours d’investiture placé sous le signe de la vertu.

20 novembre. La presse relate l’événement qui symbolise l’apparition brutale de l’islam radical sur la scène mondiale.
Le 20 novembre 1979, en Arabie saoudite, 200 fanatiques prennent le contrôle de la Grande Mosquée de La Mecque. Leur résistance s’achèvera dans le sang deux semaines plus tard.
On rappelle aussi que c’est en 1979 que Khomeyni a pris le pouvoir en Iran.

Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE choisissent le président permanent du Conseil européen et le haut représentant de l’Union pour les affaires extérieures : respectivement le Belge Herman Van Rompuy et la Britannique Catherine Ashton.
La presse parle d’un duo d’inconnus nommé à la tête de l’Europe.
Cette presse n’a pas conscience que ces personnalités ont été ignorées d’elle alors qu’elle ne variait pas d’un degré l’angle de ses projecteurs qui restaient braqués sur les « acteurs incontournables » selon elle.

21 novembre. L’archevêque de Cantorbéry est reçu au par le pape.
Le 9 novembre dernier, le Vatican avait publié un texte permettant l’intégration au sein de l’Eglise catholique des prêtres mariés et des fidèles anglicans en désaccord avec leur Eglise. L’ouverture œcuménique de Benoît XVI a semé un grand trouble dans la Communauté anglicane déjà morcelée.
Le pape se serait-il inspiré de l’exemple donné par l’ouverture politique d’un chef d’Etat qu’il avait rencontré fin 2007 à Latran ?

22 novembre. A Villeurbanne, 100 prêtres et imams assistent à une conférence du cardinal Jean-Louis Tauran, responsable du dialogue interreligieux au Vatican.
Cette réunion prend place parmi les rencontres organisées, sur la région, dans le cadre de la semaine islamo-chrétienne.
Un prêtre, engagé dans ces échanges note : « La concentration des Maghrébins dans les quartiers populaires ne facilite pas les échanges avec les cathos lambda »
Un autre : « nombre de musulmans, convaincus de détenir la vérité, ne voient pas l’intérêt de dialoguer ».
Un troisième : « Que l’on ne puisse plus acheter de saucisson dans les boucheries du quartier, ça a le don de taquiner les Gaulois »

23 novembre. Dans la chapelle Sixtine, le pape Benoît XVI reçoit 260 artistes, en majorité italiens.
« N’ayez pas peur de dialoguer avec les croyants » leur dit-il.
Marco Bellochio qui a décliné l’invitation commente : « Si je pense que l’avortement n’est pas un assassinat, qu’il n’est pas juste qu’il y ait des crucifix dans les écoles, qu’interdire le préservatif en Afrique est un crime, alors je ne vais pas applaudir le pape. »

25 novembre. Mgr Valdrini, professeur de Droit Canonique à l’Université Pontificale du Latran, fait l’éloge d’une « avancée » de Nicolas Sarkozy sur la laïcité :
« Cette laïcité non-positive qui était une sorte de laïcité en creux, qui faisait que les églises pouvaient vivre mais à l’intérieur d’un pays sans avoir d’autres registres d’action et d’explication que le registre privé. Voici que tout à coup on pense qu’elles peuvent avoir une importance dans le débat social, avec des points de vue, par exemple sur l’éthique, sur la morale, sur tout ce qu’on veut ».
Les Laïques français s’inquièteront quant au contenu de la boîte que Mgr Valdrini vient d’ouvrir en fin de déclaration : « tout ce qu’on veut »
Ils ne manqueront pas non plus de rappeler que dans notre République, « on veut » est l’expression prioritaire de la volonté du peuple.

28 novembre.  Sont actuellement publiées de nombreuses études qui rendent compte de l’échec scolaire. La comparaison entre garçons et filles retient surtout l’attention.
Jean-Louis Auduc, auteur de « Sauvons les garçons ! » (Descartes & Cie) explique :
« Les filles, peu ou mal reconnues dans la maison, ont surinvesti dans l’école et elles y sont reconnues. (…) A l’inverse, les garçons sont souvent reconnus dans leur famille (…) La conviction de leur supériorité confronte les garçons à des contradictions insolubles en ne se traduisant pas par une supériorité intellectuelle sur les filles de leur classe. » Et c’est ainsi que les garçons sont amenés à dévaluer les savoirs scolaires.
Les pédagogues s’interrogent sur cette conséquence inattendue de la mixité, introduite dans les écoles en 1969. Pour l’heure, ils n’ont pas recommandé de se reporter à la charia qui, comme on le sait, l’interdit.

29 novembre. Par votation populaire, les citoyens helvétiques doivent se prononcer sur l’interdiction de la construction de minarets en Suisse.
Cette initiative a été lancée par la droite populiste (UDC) et la droite évangéliste au nom du « refus sans équivoque d’une islamisation de la Suisse. »
Une guerre de propagande s’est déclarée.
« D’abord ce sont des demandes pour construire des minarets, puis pour faire des appels à la prière, et enfin pour imposer les principes de l’Islam dans notre pays » a déclaré un intégriste chrétien.
La ministre de la justice a répondu que l’initiative anti-minaret viole les principes de liberté religieuse et de non-discrimination inscrits dans la constitution helvétique.

30 novembre. Aux USA comme en Europe, on a fait tout au long de ce mois le bilan d’un an de mandat du Président des Etats-Unis (alors que seulement 10 mois se sont écoulés depuis son discours d’investiture du 20 janvier 2009 !).
Après avoir tué l’illusion d’un choc entre un bloc musulman et un bloc occidental, puis celle de l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde, Barack Obama a, selon nous, fait disparaître une autre illusion binaire, celle qui prétend que : ou bien un président d’Etat fait tous ses choix stratégiques dans la première année de son mandat, ou bien il faillit à son devoir.
Les « observateurs » américains sont critiques. Les Européens sont déconcertés.
Pour une fois, un homme chargé d’une partie des destinées du monde se laisse le temps d’observer sans se précipiter et semble vouloir écouter toutes les voix avant de décider.
Ceux qui se sont tant plaint outre-Atlantique de l’autoritarisme aveugle de Bush Junior pourraient accepter un tel profil ; comme de ce côté-ci de l’Atlantique, ceux qui ont récemment fustigé les « agités » de la politique.

A bientôt pour décembre 2009

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